Criminologie, Volume 54, numéro 1.

Le système judiciaire négocie, depuis une trentaine d’années, le virage rapide vers le recours à l’image. Auparavant, presque tout était basé sur le témoin, lui-même impliqué en tant que victime ou témoin d’une infraction : celui-ci enclenchait la plupart du temps le processus judiciaire en signalant l’évènement à la police et son témoignage était crucial dans la suite des procédures puisque sa collaboration (ou non-collaboration) déterminait en grande partie les mesures qui allaient être prises. Aujourd’hui, les avancées technologiques permettent souvent de fournir des images relatant les évènements eux-mêmes, qu’elles proviennent de caméras corporelles portées par des policiers, de téléphones cellulaires de citoyens, de caméras véhiculaires (dashcams), de caméras de surveillance, etc., faisant en sorte que tous peuvent émettre une opinion. Jusqu’à maintenant, la littérature scientifique et les médias retiennent surtout l’effet dissuasif des caméras, c’est-à-dire sa capacité à modifier les comportements de ceux qui sont filmés, qu’ils soient policiers ou « civils ». On en est venu à oublier que les caméras servent aussi (et surtout ?) à documenter l’intervention policière ou l’évènement lui-même d’un point de vue externe et présumément neutre, afin de créer un élément de preuve pouvant être crucial. On sent toutefois une certaine hésitation à adopter massivement ces technologies, tant de la part des acteurs du système judiciaire que des citoyens. Les raisons invoquées mettent généralement de l’avant les coûts importants liés à l’utilisation des caméras et à l’actualisation des équipements des cours de justice, l’intrusion dans la vie privée des policiers ou d’autres personnes impliquées dans les interventions, et le faible effet mesuré jusqu’à maintenant sur l’impact de la preuve audiovisuelle. Toutefois, et malgré les raisons précédemment évoquées, il suffit d’un évènement controversé pour relancer le débat et se demander si la situation sociale ne justifierait pas un tel investissement.

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Boivin, R. & Gendron, A. (2021) Criminologie, Volume 54, numéro 1, printemps 2021. Québec : Presses de l’Université de Montréal.

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